L’échec des réseaux sociaux d’entreprise en dit long sur notre modèle managérial !

L’échec des réseaux sociaux d’entreprise en dit long sur notre modèle managérial !

Selon Gartner 90% des projets de réseaux sociaux d’entreprise sont des échecs ! Pourtant les bénéfices d’un RSE sont évidents et multiples. Le RSE permet de fluidifier les échanges, il offre une visibilité sur l’activité transverse de l’entreprise, il favorise le partage et l’entraide afin de réduire le temps passé à cherche de l’information en interne pour se concentrer sur la production de valeur.

Alors pourquoi ça ne marche pas ? Pourquoi, malgré les invitations du top management, les formations aux bonnes pratiques, parfois même les directives RH contraignantes, pourquoi ça ne prend pas ?

Mon explication peut paraître « capillotractée », voilà pourquoi je suis preneur de vos avis éclairés.

Je pense que l’explication est dans le rapport qu’ont les collaborateurs et les managers à la transparence et par voie de conséquence à la visibilité qu’ils souhaitent donner aux autres sur leur travail au quotidien.

 » Pour travailler heureux, travaillons cachés ! « 

Tout le monde s’est déjà posé la question de son identité numérique publique, des traces et des empreintes qu’il laisse sur le web et de l’exploitation de ces données (personnelles) par des acteurs plus ou moins bien intentionnés. En effet, le fait de savoir que Google scanne les emails contenus dans votre boite Gmail ou que Facebook exploite l’historique de vos navigations et de vos échanges pour vous pousser des contenus sponsorisés nous renvoi à cette petite phrase qui a beaucoup circulé : « Si c’est gratuit, c’est que c’est vous le produit ! »

Et bien dans l’enceinte protégée de l’entreprise c’est exactement la même chose. Pourquoi le fait d’être au milieu de collègues devrait nous inciter à moins de prudence, à moins de vigilance ? Et du coup, pourquoi partager son activité sur le réseau social pour que des collègues plus ou moins bien intentionnés surveillent ce que l’on fait au quotidien ? Du coup, à quoi bon un réseau social d’entreprise ?

Force est de constater que les réactions ne sont pas les mêmes suivant que l’on fait partie (comme moi) de la génération X, celle-là même qui veut protéger à tous prix son intimité et qui s’offusque du fait que nous sommes en permanence monitorés ou que l’on est un digital native qui ne voit pas vraiment le mal dans le fait que Siri se réveille dès qu’on le « siffle » (ce qui veut bien dire qu’il nous écoute en permanence !).

Je ne veux pas nécessairement exposer mon avis sur la question dans la sphère privée – celui-ci n’a, à priori, pas grand intérêt – mais plutôt faire une analogie avec le monde de l’entreprise. L’entreprise tente, depuis longtemps de calquer les modèles de collaboration sociale sur le grand public (Linkedin / Facebook) en intégrant à son système d’information des réseaux sociaux privés (Yammer, Jalios, Jive …) afin de conduire les collaborateurs à échanger, à partager, tout ça dans le but de collaborer et de faire sauter les cloisons qui nuisent à son désir de transversalité. Mais, elle n’y arrive pas, enfin, pas avec tout le monde !

X reste sur le côté de la route alors qu’Y prend le large !

Pourquoi une telle différence de comportement ? qu’est-ce qui pousse Y à trouver plus de valeur dans le service rendu que la volonté absolue et non négociable de protéger son identité personnelle au risque de s’interdire un service apportant une réelle valeur ajoutée ? Y n’aurait-il plus aucune notion de vie privée ? Pas vraiment !

Le rapport à la confidentialité et à la vie privée est en fait l’expression du modèle de management avec lequel les collaborateurs en entreprise ont été nourris.

X a grandi avec 1984 de Georges Orwell ! X vient d’un monde ou les managers affectent les tâches et les rôles aux collaborateurs, supervisent et contrôlent le travail réalisé, alimentent des tableaux de bords qu’ils « habillent » pour les transmettent à leurs N+1. Et comme les managers ont tendance à anticiper les difficultés à atteindre leurs objectifs, ils ne consacrent pas beaucoup de temps aux sollicitations externes. Inutile donc de parler de sa vie et de son œuvre sur le RSE !

Y quant à lui a une vision d’un nouveau monde « libéré » où la valeur de chacun se mesure à la capacité à co-llaborer, co-créer, co-construire, bref à être identifié pour participer à des projets et aider les autres. C’est donc naturellement qu’Y tire profit du RSE et des dispositifs sociaux en entreprise pour identifier ceux qui vont pouvoir l’aider dans son travail. Et comme il sait que pour recevoir il faut savoir donner, il s’expose sur le RSE, non pas pour se faire mousser, mais bien pour se mettre au service des autres !

Pour ne pas faire partie des 90% de projets de RSE en échec, il faut donc convaincre le middle management de partager une vision et de faire confiance aux collaborateurs quant à leur capacité à la réaliser (la vision) tout en étant disponible pour les autres. Vivement que les temps changent !